Interview Arnaud
Es-tu devenu freelance par choix ou par nécessité ?
Je suis devenu freelance par nécessité. J’ai enchaîné deux CDI, l’un dans une entreprise privée et l’autre dans une collectivité territoriale. Ces deux expériences ont eu leur lot de surprises et de mésaventures. Elles ont mis en avant tous les travers du salariat et surtout du rapport hiérarchique. J’ai cru être formaté, avoir été embauché pour exécuter des tâches et non pour mettre en avant ma créativité et mon expertise. Après une longue réflexion j’ai donc décidé de mettre fin à ma dernière expérience et de tenter cette aventure aussi belle que parfois compliquée qu’est le freelance.
Qu’est-ce qui te lève le matin : le Challenge ou la Liberté ?
Avec mes expériences passées, j'aurais tendance à mettre en avant la liberté et je pèse mes mots. La liberté d'organiser mes journées selon mes priorités, de choisir mes outils, mon rythme, mon environnement de travail. C'est un luxe que beaucoup sous-estiment, mais qui change profondément la qualité du travail produit. Quand on se sent à l'aise dans sa façon de fonctionner, la créativité suit naturellement. C'est aussi la liberté dans la relation client : travailler en autonomie, être force de proposition plutôt que simple exécutant, et construire une vraie relation de confiance sur le long terme. Cela dit, la liberté et le challenge ne s'opposent pas — ils se nourrissent. C'est justement parce que je me sens libre dans mon organisation que je peux me donner pleinement sur des projets exigeants. La liberté est mon carburant, le challenge est ce qui me fait avancer.
Dans 2 ans, veux-tu : Gagner plus ou Travailler moins ?
Dans 2 ans, je vise clairement gagner plus, mais avec nuance. Ce n'est pas une course au chiffre d'affaires à tout prix. L'objectif est de monter en gamme : travailler avec des clients plus qualitatifs, sur des projets plus stimulants, et être rémunéré à la hauteur de la valeur que j'apporte réellement. Travailler moins ne m'a jamais été une finalité. Se lancer en freelance pour réduire sa charge de travail, c'est selon moi passer à côté de l'essentiel. Le freelance, c'est avant tout choisir comment on travaille, pas combien on travaille. Donc oui, gagner plus, pas par appât du gain, mais parce que c'est le signe concret qu'on évolue, qu'on se positionne mieux, et qu'on construit quelque chose de solide dans la durée.
Existe-t-il pour toi un "client parfait" ?
Oui, je crois sincèrement qu'il existe un client parfait, ou du moins, un client idéal. Je le dis parce que j'ai appris à le reconnaître, souvent par l'expérience inverse. Certaines collaborations m'ont permis d'identifier clairement ce qui ne fonctionne pas : le manque de confiance, les retours flous, les objectifs qui changent en cours de route, ou encore une relation où l'on se sent davantage exécutant que partenaire. Et puis il y a l'autre côté. Aujourd'hui, je travaille avec un client avec qui tout s'articule naturellement : une communication claire, une vraie autonomie laissée sur les prises de décision, et un sentiment partagé d'avancer dans la même direction. C'est ce type de relation qui me confirme que le client parfait existe. Pour moi, il se définit moins par son secteur ou sa taille que par sa façon de collaborer : il fait confiance, il est disponible quand il le faut, et il voit en moi un vrai interlocuteur plutôt qu'un prestataire parmi d'autres.
Ta plus grande difficulté : l'isolement ou l'instabilité financière ?
Sans hésiter, mon plus grand défi a été l'isolement. L'instabilité financière, on s'y prépare avant de se lancer, on anticipe, on provisionne, on gère. L'isolement, lui, arrive souvent sans prévenir. Au début, je ne connaissais personne en freelance dans mon entourage. Pas de réseau sur lequel m'appuyer, pas de pairs avec qui échanger sur le quotidien, les doutes, les bonnes pratiques. Et géographiquement, je ne suis pas forcément là où ça bouge le plus, ce qui ne facilite pas les choses. Les premières périodes, je me suis beaucoup focalisé sur le travail, ce qui est naturel quand on démarre, mais ça renforçait encore davantage cette sensation d'évoluer seul dans sa bulle. Avec le temps, j'ai appris à ne pas subir cet isolement mais à aller chercher les bonnes connexions : communautés en ligne, échanges avec d'autres freelances, moments où l'on sort la tête du guidon. Ce n'est pas encore parfait, mais c'est clairement quelque chose que je travaille activement

